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Comment rédiger un SAR parfait ?

Comment rédiger le rapport d'activité suspecte parfait ? Découvrez ce qu'est un SAR, comment construire le bon récit, utiliser des mots-clés et éviter les pièges courants.

Piet De Vreese26 juillet 20219 min de lecture30,688

Les déclarations d'activités suspectes (SAR) rédigées par les institutions financières contiennent certaines des informations les plus précieuses dont disposent les forces de l'ordre dans la lutte contre la criminalité financière. Pourtant, le scandale des FinCEN Files de 2020 a montré que les grandes banques ont systématiquement omis de rédiger et de soumettre des déclarations appropriées au fil des ans. Que pouvons-nous apprendre de leurs erreurs pour être en mesure de composer la SAR parfaite ?

En 2018, plus de 2 100 SAR ont fuité du réseau de lutte contre la criminalité financière (FinCEN) du Trésor américain, exposant leurs faiblesses et leurs insensibilités. Connues sous le nom de FinCEN Files, les fautes révélées par Buzzfeed News et le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) ont démontré comment un régime de SAR inefficace a poussé les grandes institutions financières mondiales à faciliter le blanchiment d'argent, le trafic de drogue, le terrorisme et les systèmes de Ponzi.

La manière dont les SAR sont traitées est souvent entachée d'erreurs fondamentales. Des éléments tels que le récit, les mots-clés, l'objectif et le moment de la soumission peuvent faire une réelle différence dans la qualité des déclarations. Les FinCEN Files ont mis en évidence comment les SAR étaient souvent soumises trop tard, avec des informations incomplètes et pour de mauvaises raisons.

Les SAR sont soumises trop tard et avec des informations incomplètes

Les forces de l'ordre et les cellules de renseignement financier (CRF) sont submergées de déclarations de mauvaise qualité, ce qui rend leur traitement lourd, voire quasi impossible, avec l'attention qu'elles méritent. Alors, qu'est-ce qui fait une SAR parfaite ?

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Ce qu'est / n'est pas une SAR

Avant de plonger dans les aspects techniques de la rédaction d'une déclaration d'activité suspecte parfaite, il faut d'abord comprendre ce qu'est une SAR et ce qu'elle n'est pas.

Une SAR est un document court rédigé par une institution financière pour signaler un comportement ou une transaction suspecte de la part d'un client. Si une personne est soupçonnée d'être impliquée dans une forme de criminalité financière, la déclaration doit brièvement expliquer l'identité de la personne et un court récit décrivant la transaction ou le comportement jugé suspect.

Qu'est-ce qu'une SAR

Une SAR est un document court rédigé par une institution financière pour signaler un comportement ou une transaction suspecte de la part d'un client. Si une personne est soupçonnée d'être impliquée dans une forme de criminalité financière, la déclaration doit brièvement expliquer l'identité de la personne et un court récit décrivant la transaction ou le comportement jugé suspect.

Une SAR n'est pas un document défensif utilisé pour se couvrir, ce qui signifie qu'elle n'existe pas pour apaiser les autorités, donner une bonne image de votre institution financière ou éviter des amendes. Signaler un comportement suspect devrait être une activité proactive visant à stopper le flux d'argent sale, et non à protéger une banque d'erreurs ou de négligences passées.

Quelle est la différence entre une SAR, une STR, une UTR et une CTR ?

Un rapport de transaction suspecte (STR) et un rapport de transaction inhabituelle (UTR) sont des termes interchangeables utilisés pour une SAR. Un rapport de transaction en espèces (CTR), en revanche, est un formulaire qui doit être rempli par un représentant bancaire lorsqu'une transaction en espèces de plus de 10 000 $ est exécutée par un client. Ils sont obligatoires aux États-Unis mais ont également été adoptés sous diverses formes dans d'autres territoires. Un CTR ne doit pas être envoyé à la CRF locale mais peut évoluer en SAR si l'activité est jugée suspecte.

Comment construire un récit pour une SAR ?

Les SAR sont lues par des analystes dans les CRF nationales qui doivent essayer de comprendre qui est votre client et pourquoi la transaction qu'il/elle a effectuée est suspecte. Pour éviter l'erreur de rédiger un rapport confus ou incomplet qui a peu d'utilité, mettez-vous à la place du lecteur. Pour vous aider à rédiger un meilleur récit pour vos STR, utilisez les 5 W (en anglais) :

  • 1. Who (Qui) : Intégrez les informations nécessaires sur l'identité de la/des personne(s) que vous signalez. Cela inclut leur nom, adresse, titre professionnel, date de naissance et numéro de compte. Si un employé d'une animalerie effectue des transactions qui dépassent ses revenus, ou si un jeune de dix-neuf ans manipule des millions d'euros, cela peut aider l'analyste de la CRF à identifier rapidement le comportement suspect. Pour les entreprises, assurez-vous de lister les identités des bénéficiaires effectifs.

  • 2. When (Quand) : Ajoutez la date précise à laquelle le comportement suspect s'est produit. S'il s'est produit sur une période de temps, décrivez la chronologie des événements. Si l'activité impliquait plusieurs retraits à un DAB, donnez les heures précises de chaque retrait. Cela aidera l'analyste de la CRF à mieux comprendre comment l'activité suspecte a évolué.

  • 3. Where (Où) : Le cas échéant, veillez à inclure le lieu où l'action suspecte a eu lieu, comme l'adresse de l'agence ou du DAB. Une personne qui vit dans une ville mais se rend dans une autre pour retirer de l'argent liquide ou se rend dans plusieurs agences pour déposer de l'argent peut aider les analystes de la CRF à repérer les signes avant-coureurs d'une activité illégale.

  • 4. What (Quoi) : Détaillez ce qui s'est passé et vous a fait penser que l'activité était suspecte. Listez les différentes étapes de la/des transaction(s) et/ou des retraits/dépôts d'espèces. C'est là que l'analyste de la CRF comprendra vraiment ce qui s'est passé. Soyez concis mais n'omettez pas les détails nécessaires et assurez-vous d'ajouter comment l'activité a été signalée – outil de surveillance, examen rétrospectif, etc.

  • 5. Why (Pourquoi) : Expliquez pourquoi vous pensez que le comportement est suspect. Listez les raisons : blanchiment d'argent, évasion fiscale, compte de transit, etc. Cela aidera l'analyste de la CRF à catégoriser votre rapport. Les CRF comme FinCEN souhaitent que vous utilisiez des mots-clés pour aider à signaler le type d'activité que vous signalez. Leur liste de mots-clés peut être utile à toute institution financière dans le monde.

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À faire et à ne pas faire dans une déclaration d'activité suspecte

Maintenant que vous savez ce qui constitue un bon récit pour un STR, examinons ce qui fait qu'une déclaration d'activité suspecte se démarque et ce qui ne le fait pas.

À FAIRE

À NE PAS FAIRE

  • Restez simple : utilisez un temps actif lors de la rédaction de votre rapport. Assurez-vous d'utiliser des mots simples et des concepts concis. N'en faites pas trop avec des concepts techniques et écrivez toujours les acronymes en toutes lettres.

  • Soyez bref : ne rédigez pas un rapport excessivement long et détaillé. Vous n'écrivez pas un article savant ou une thèse de doctorat. Limitez le récit à une page maximum, ou une page et demie si strictement nécessaire.

  • Citations : si le client a eu une conversation avec un membre du personnel de la banque, vous pouvez le/la citer si vous estimez que cela ajoute au récit ou accentue son comportement suspect. Cependant, ne déformez pas ses paroles et ne leur ajoutez pas de sens inexistant. Utilisez les citations avec parcimonie et uniquement si nécessaire.

  • Répétitions : ne répétez pas les informations. Si les informations d'identité d'un client sont indiquées quelque part dans le rapport, il n'est pas nécessaire de les répéter dans le récit, sauf si ce matériel est indispensable pour souligner pourquoi vous estimez que l'activité est suspecte.

  • Confidentialité : gardez vos rapports confidentiels. Ne les distribuez pas, n'en parlez pas avec des collègues qui n'ont pas besoin d'être au courant du document, ne vous y référez pas en parlant à un client et ne menacez pas un client avec eux. Seules quelques personnes étroitement liées, comme les services de conformité ou LBC/FT, doivent être au courant des rapports.

  • Puces : évitez les puces sauf si vous listez quelque chose. N'écrivez pas la totalité du récit en puces car vous pourriez rendre votre histoire confuse et difficile à assembler. Vous pouvez les utiliser pour lister une sélection de transactions, mais utilisez-les avec parcimonie dans votre document.

  • Liens : indiquez tout lien que votre client pourrait avoir avec un autre client effectuant des affaires douteuses dans la même institution financière. Soyez clair sur la manière dont ils sont liés et essayez de déterminer si le lien se comporte de la même manière. Si vous découvrez un ensemble de personnes effectuant les mêmes transactions douteuses, vous pouvez les regrouper dans la même SAR.

  • Listes de courses : étroitement lié au point précédent, fournir une longue liste de transactions dans votre rapport. Évitez de rédiger de longues et lourdes « listes de courses ». Essayez plutôt de mettre en évidence les transactions les plus importantes et de résumer les autres. Si elles sont intéressées, les CRF vous demanderont de fournir la liste complète des transactions dans leur suivi.

  • Copies : après avoir envoyé le rapport à votre CRF locale, conservez toujours une copie. Cela facilitera la récupération des informations si la CRF vous demande de faire un suivi avec du matériel ou des données supplémentaires.

  • Délais : essayez d'éviter d'envoyer une SAR à votre CRF au-delà de son délai de soumission de 30 jours (la date peut varier selon votre pays). Les STR tardives peuvent entraver les enquêtes et rendre plus difficile l'arrêt de l'activité suspecte ou la localisation du client délinquant. Les FinCEN Files ont montré que le délai médian de déclaration d'une SAR était de 166 jours, celui de Barclays étant de 1 205 jours.

Qualité vs quantité

Les cellules de renseignement financier sont submergées de STR et sont incapables de les trier efficacement. Entre 2011 et 2017, FinCEN a reçu plus de 12 millions de SAR de la part d'institutions financières.

Les SAR ne sont pas des documents défensifs

Comme mentionné plus tôt dans l'article, les institutions financières ont tendance à rédiger des SAR comme des documents défensifs contre des incidents et négligences antérieurs. Cela diminue non seulement la valeur et la qualité des rapports, mais ne protège pas non plus les banques des poursuites judiciaires. Le dépôt d'une SAR ne décharge pas une institution financière de sa responsabilité et les régulateurs peuvent continuer à agir contre elles devant les tribunaux si cela est jugé nécessaire.

Ce mécanisme défensif est souvent associé à des déclarations excessives. Connu sous le nom de « crier au loup », les SAR sont souvent rédigées pour tout comportement ou transaction même légèrement suspect sans enquête réelle de la part de l'institution financière, juste pour se « protéger » des régulateurs et montrer que leurs régimes LBC/FT sont optimaux. Cependant, 90 % de toutes les STR n'ont aucune valeur immédiate, seulement 10 % aboutissant à une enquête par les CRF.

Lors de la rédaction d'une SAR, visez la qualité, pas la quantité. Avant de vous lancer dans la rédaction proprement dite du rapport, assurez-vous d'enquêter pour savoir si la transaction est suspecte ou non. Cela peut être fait en demandant des documents liés à la transaction ou en demandant au gestionnaire de compte du client si son comportement peut être considéré comme normal ou non. Cependant, cela ne doit pas être fait pour instiller la peur de signaler.

Qualité des SAR

Comprendre ce qu'est une STR, perfectionner le récit et connaître les bons mots-clés est inutile si l'on ne concentre pas son attention sur la qualité plutôt que la quantité, et ces éléments réunis sont la clé pour rédiger la SAR parfaite.

Un regard sur la Belgique

En 2020, 55 % des affaires de blanchiment d'argent transmises aux autorités judiciaires belges provenaient de SAR soumises par les banques. Au fil des ans, on a observé une croissance légère mais constante du nombre de nouveaux dossiers transmis aux autorités belges grâce aux STR. Cela est en partie dû aux lignes directrices mises à jour par la CRF nationale belge, la CTIF.

Savoir rédiger un SAR de qualité peut aider votre institution financière et votre service LBC à être à l'avant-garde dans la lutte contre la criminalité financière. Contactez-nous pour découvrir comment nous pouvons vous aider, vous et votre équipe, à rédiger le rapport d'activité suspecte parfait !

Piet

Rédigé par

Piet De Vreese

Consultant chez Pideeco — accompagne les institutions financières en matière d'AML, KYC et transformation réglementaire.

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