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AML/KYC en 2026: Tendances, défis et l'impact de la digitalisation sur la lutte contre la criminalité financière

Exploration des tendances clés en matière de conformité AML/KYC pour 2026, incluant l'influence de la fragmentation géopolitique, la régulation des actifs numériques,...

Kenza Kibour21 août 202610 min de lecture256

AML/KYC 2026 : Pourquoi les déclarations de soupçons explosent-elle en Belgique ?  

Pendant que les profils de navires sanctionnés plus que doublent et que la régulation des actifs numériques se normalise, la CTIF belge reçoit 102 312 communications en 2025 et les dispositifs de lutte contre la criminalité financière évoluent vers davantage d'intégration, de partage de données et de rapidité. Le sujet 2026 n'est donc pas seulement la technologie : c'est la collision entre la géopolitique, la vitesse des flux et la transformation des modèles financiers — un environnement auquel les dispositifs de conformité purement documentaires et statiques répondent de moins en moins bien.


La conformité AML/KYC de 2026 est prise entre deux dynamiques. La première est la fragmentation : évolution rapide des sanctions, multiplication des risques liés aux flottes fantômes et développement de systèmes de paiement alternatifs. Selon LexisNexis Risk Solutions, le nombre de profils de navires sanctionnés recensés dans sa base est passé de 8 644 en 2023 à 20 195 en 2025, soit plus du double. L'entreprise souligne également la montée des systèmes de paiement alternatifs et la nécessité, pour les institutions financières, d'aller au-delà du simple suivi des transactions.

La seconde est l'intégration. La fraude, le blanchiment, les sanctions screening et le KYC reposent de plus en plus sur des informations qui peuvent être analysées conjointement : données d'identité, données transactionnelles, signaux comportementaux et informations sur les contreparties. Dans les paiements transfrontaliers, le Financial Stability Board identifie notamment le partage de données pour lutter contre la fraude et l'efficacité du sanctions screening parmi les enjeux à traiter.

La Belgique constitue un cas particulièrement intéressant. La CTIF a reçu 102 312 communications en 2025, contre 91 487 en 2024, et a transmis 1 334 nouveaux dossiers aux autorités judiciaires, représentant un montant total de 2,13 milliards d'euros. Ces chiffres témoignent de l'importance croissante des flux d'informations adressés à la cellule belge de renseignement financier, sans toutefois constituer à eux seuls une mesure directe du niveau de blanchiment dans l'économie.

Cette augmentation ne signifie toutefois pas automatiquement que le risque de blanchiment d’argent a augmenté dans les mêmes proportions. Une part importante des communications provient désormais des établissements de paiement, dont le rôle dans les flux transfrontaliers européens est devenu considérable. Les analyses du rapport 2025 de la CTIF mettent notamment en évidence le rôle des plateformes dans le volume de communications reçues par la CRF belge. Parallèlement, l’AMLA construit le nouveau modèle de supervision européen. En 2026, l’autorité élabore la méthodologie de sélection des entités qui relèveront de sa supervision directe, dont le démarrage est prévu en 2028 pour un maximum de 40 institutions ou groupes financiers parmi les plus significatifs. Pour un CCO belge, l’enjeu n’est donc plus simplement de démontrer que des procédures existent. Il s’agit de démontrer que le cadre identifie les risques pertinents, produit des résultats mesurables, s’adapte aux nouveaux canaux et permet de justifier les décisions.


Contexte & Background

Ce qui a changé entre 2024 et 2026

Le paysage AML européen a été profondément restructuré en quelques années. AMLA a commencé sa montée en puissance opérationnelle en 2025 et poursuit en 2026 la construction d'un cadre européen plus harmonisé, tout en préparant la sélection des entités qui seront directement supervisées à partir de 2028. Son document de programmation 2026-2028 fait de la supervision directe, de la convergence des pratiques et de l'évaluation des risques des priorités centrales.

La FATF, de son côté, n'a pas abandonné la conformité technique au profit de l'efficacité. Sa cinquième ronde d'évaluations examine à la fois la conformité aux recommandations et l'efficacité des systèmes AML/CFT/CPF. Les évaluations adoptées en 2026 continuent ainsi à apprécier les résultats obtenus par les pays dans la lutte contre le blanchiment, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération.

Côté actifs numériques, le vide réglementaire se réduit également. Dans l'Union européenne, MiCA est applicable pour l'essentiel depuis le 30 décembre 2024, tandis que les dispositions relatives aux asset-referenced tokens et electronic money tokens sont applicables depuis le 30 juin 2024.

Au Royaume-Uni, la FCA a publié ses règles finales le 30 juin 2026, mais le nouveau régime crypto britannique doit entrer en vigueur le 25 octobre 2027.

Aux États-Unis, le GENIUS Act a créé un cadre fédéral pour les payment stablecoins. Le département du Trésor américain a engagé en 2026 le processus réglementaire destiné à mettre en œuvre ses dispositions.

Le changement est donc moins celui d'une convergence réglementaire mondiale que celui d'une normalisation progressive des actifs numériques dans plusieurs cadres nationaux distincts.

La géopolitique entre dans le fichier de screening

La menace évolue elle aussi. Les contournements de sanctions peuvent désormais reposer sur des structures commerciales complexes, des intermédiaires, des routes commerciales modifiées, des flottes fantômes ou encore des systèmes de paiement alternatifs. LexisNexis Risk Solutions indique que les profils de navires sanctionnés recensés dans sa base ont plus que doublé entre 2023 et 2025 et souligne la montée des systèmes de paiement alternatifs.

Le problème pour les équipes sanctions est donc moins la disparition du screening nominatif que ses limites lorsqu'il est utilisé seul.

Une contrepartie peut ne pas être directement sanctionnée tout en présentant une exposition significative à une juridiction, une chaîne commerciale, un navire ou une structure de propriété à risque.

Le sanctions screening doit ainsi être complété, lorsque le profil de risque le justifie, par une analyse plus dynamique des relations, juridictions, bénéficiaires effectifs, activités commerciales et comportements transactionnels.


Le paradoxe belge : les communications augmentent, mais pas partout

Le rapport annuel 2025 de la CTIF fait apparaître une hausse importante du nombre de communications reçues. Cette évolution doit cependant être interprétée avec prudence. Le nombre de communications reçues par une FIU ne constitue pas, à lui seul, une mesure directe du niveau de blanchiment dans l'économie. Il dépend également des comportements déclaratifs des entités assujetties, de leurs modèles économiques, des typologies détectées et de la structure des flux financiers.

Les établissements de paiement occupent aujourd'hui une place importante dans les flux financiers transfrontaliers. Leur développement contribue donc à modifier la manière dont les informations relatives aux opérations suspectes parviennent aux cellules de renseignement financier.

La conclusion ne doit donc pas être que les banques traditionnelles seraient nécessairement devenues moins efficaces. La baisse ou la stabilité des communications d'un secteur ne permet pas, à elle seule, de mesurer l'efficacité de son dispositif AML.

La véritable question est plutôt celle de l'adéquation des dispositifs de détection aux nouveaux modèles de paiement et aux nouveaux profils de risque.


Analyse approfondie

1. La fragmentation géopolitique : la fin d'un environnement AML homogène / 2. Les actifs numériques : la fin de l'exception / 3. Le temps réel : vers une surveillance plus dynamique / 4. FRAML : quand la fraude et le blanchiment se rapprochent

Cas concrets & Exemples

Wise et l'évolution des communications belges

Le cas Wise illustre la manière dont les nouveaux rails de paiement peuvent modifier la géographie des déclarations de soupçons.

Il serait toutefois excessif d'attribuer cette hausse à Wise seul. Le phénomène doit être replacé dans une transformation plus large des paiements : les établissements de paiement occupent une place croissante dans les flux numériques et transfrontaliers, ce qui modifie également les points auxquels les risques AML sont détectés et déclarés.

La leçon est donc moins celle d'un acteur particulier que celle d'un changement de structure des flux financiers.

Pour les équipes AML, cela pose une question opérationnelle : comment distinguer un volume important de signaux réellement informatifs d'un volume important de communications lié à la taille, au modèle économique ou à l'activité transfrontalière d'un prestataire ?


La FSMA et la fin de la période transitoire MiCA

Le 1er juillet 2026 a marqué la fin de la période transitoire belge pour les prestataires concernés par l'ancien régime. La FSMA indique que les prestataires souhaitant poursuivre leurs activités sous MiCA doivent disposer de l'autorisation requise.

La FSMA a également publié une mise en garde contre six prestataires non autorisés : Aurum Foundation, Bank Bit, Bithf Pro, Dxago, Global Dynamic Trade et ZeriaFunding.

Pour une banque ou un établissement financier, la conséquence est pratique : lorsqu'une relation avec un CASP est envisagée, son statut réglementaire doit faire partie de l'analyse de contrepartie.

Cette vérification ne remplace évidemment pas le KYC, la compréhension de l'activité ou l'analyse transactionnelle. Elle ajoute une information essentielle : la contrepartie est-elle autorisée à exercer l'activité qu'elle propose ?


La Belgique face à AMLA : une nouvelle logique de supervision

La montée en puissance d'AMLA ajoute une autre dimension au changement.

AMLA prépare en 2026 la sélection des entités qui seront directement supervisées. Jusqu'à 40 entités doivent être sélectionnées en 2027, avant le début de la supervision directe en 2028.

Pour les groupes concernés, l'enjeu ne sera pas seulement de présenter des politiques AML correctement rédigées.

Il faudra pouvoir démontrer :

  • comment les risques ont été identifiés ;

  • pourquoi certains scénarios ont été retenus ;

  • comment les alertes sont traitées ;

  • comment les ressources sont allouées ;

  • quels résultats le dispositif produit ;

  • comment les faiblesses sont identifiées et corrigées.

La documentation reste donc essentielle. Mais elle doit permettre de démontrer l'efficacité et la logique du dispositif, plutôt que de constituer une fin en soi.


Implications pratiques

Pour les directions conformité AML / Pour les responsables sanctions / Pour les équipes KYC / Pour les directions IT et risques

Points clés à retenir

  1. La géopolitique est devenue une variable opérationnelle du risque financier : la croissance des profils de navires sanctionnés et des systèmes de paiement alternatifs impose d'aller au-delà du simple matching nominatif.

  2. La Belgique connaît une hausse historique des communications CTIF : 102 312 communications ont été reçues en 2025 et 1 334 nouveaux dossiers ont été transmis aux autorités judiciaires, pour un montant total de 2,13 milliards d'euros.

  3. La hausse des communications ne mesure pas directement la hausse du blanchiment : elle reflète également les comportements déclaratifs, les modèles économiques des secteurs concernés et la structure des flux financiers.

  4. Le temps réel doit être ciblé, pas généralisé : la question n'est pas de traiter toutes les alertes en quelques secondes, mais de déterminer quels risques nécessitent une intervention immédiate.

  5. FRAML est d'abord un projet de renseignement financier partagé : fraude et AML peuvent conserver des responsabilités distinctes tout en partageant davantage de données, de signaux et de capacités analytiques. Le partage de données constitue également un axe identifié par le FSB dans les paiements transfrontaliers.

  6. La crypto entre dans le périmètre normal de la conformité financière : MiCA est déjà largement applicable dans l'Union européenne, tandis que le Royaume-Uni et les États-Unis développent leurs propres cadres pour les crypto-actifs et les stablecoins.

  7. AMLA prépare une nouvelle logique de supervision européenne : jusqu'à 40 entités doivent être sélectionnées en 2027 pour faire l'objet d'une supervision directe à partir de 2028.


Roadmap / Calendrier des prochaines échéances

Échéance

Événement

Statut

Action recommandée

2026

AMLA poursuit la construction de son dispositif de supervision et prépare la sélection des entités destinées à la supervision directe

En cours

Identifier les indicateurs permettant de démontrer l'efficacité du dispositif AML et améliorer la qualité des données disponibles

1er juillet 2026

Fin de la période transitoire belge pour les prestataires crypto concernés

Échéance passée

Vérifier le statut réglementaire des CASP et mettre à jour les due diligences des contreparties crypto

10 juillet 2027

Application du règlement européen AMLR

À venir

Revoir les politiques, procédures, contrôles et processus de déclaration afin d'assurer leur cohérence avec le nouveau cadre européen

2027

Sélection des entités destinées à la supervision directe d'AMLA

À venir

Identifier les écarts du dispositif AML et renforcer la capacité à démontrer son efficacité

25 octobre 2027

Entrée en vigueur prévue du nouveau régime crypto britannique

À venir

Anticiper les conséquences pour les groupes actifs au Royaume-Uni ou exposés à des prestataires britanniques

2028

Début de la supervision directe par AMLA des entités sélectionnées

À venir

Être capable de démontrer l'efficacité, la gouvernance, la qualité des données et la logique de l'allocation des ressources AML

En continu

Évolution des sanctions, des flottes fantômes et des systèmes de paiement alternatifs

Permanent

Revue régulière des corridors à risque, des contreparties et des scénarios de sanctions


Conclusion

La fenêtre 2026-2028 n'est pas simplement celle d'une modernisation technologique de l'AML.

Elle marque une transformation plus profonde du modèle de conformité.

Les risques deviennent plus rapides, plus transfrontaliers et plus interconnectés. Les actifs numériques se rapprochent du système financier traditionnel. La fraude et le blanchiment partagent davantage de signaux. Les sanctions évoluent au rythme des tensions géopolitiques. Et les autorités européennes construisent progressivement une supervision plus harmonisée et fondée sur les risques.

Pour les institutions financières belges, la réponse ne consiste donc pas à remplacer tous les outils existants par une nouvelle plateforme.

Elle consiste à construire un dispositif capable de connecter les informations, hiérarchiser les risques et agir à la bonne vitesse.

La conformité de demain ne sera pas celle qui accumule le plus de procédures. Ce sera celle qui sera capable de démontrer, données à l'appui, qu'elle comprend son exposition, qu'elle détecte les risques pertinents et qu'elle sait pourquoi elle agit.

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Kenza

Rédigé par

Kenza Kibour

Consultant chez Pideeco - accompagne les institutions financières en matière d'AML, KYC et transformation réglementaire.

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