BelgiumAnti Money LaunderingCryptocurrenciesUBOFraudCash-Based Money LaunderingTransaction MonitoringPolitically Exposed PersonsFinancial operationsMembres

Analyse sectorielle de la BNB sur les risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme : les principaux enseignements pour les compliance officers

Analyse sectorielle des risques LCB-FT de la BNB : principaux risques par activité, évolutions depuis 2020 et 10 points d’attention pour les Compliance Officers.

Kenza Kibour30 octobre 202612 min de lecture42

La Banque nationale de Belgique (BNB) a mis à jour son analyse sectorielle des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme (LCB-FT) en octobre 2023. Cette analyse couvre 19 activités financières et évalue pour la première fois séparément les risques liés au financement du terrorisme.

Pour les fonctions Compliance, cette analyse constitue une référence importante pour comprendre les risques LCB-FT associés aux différentes activités et aux différents modèles économiques.

Les scores présentés dans cet article sont les scores sectoriels propres à la BNB. Ils ne remplacent pas l’évaluation des risques LCB-FT réalisée par chaque institution. Le profil de risque réel dépend du modèle économique de l’institution, de ses clients, de ses produits, de son exposition géographique et de ses contrôles, ainsi que de sa capacité à justifier auprès de la BNB sa propre évaluation des risques et sa propre cotation.

La question essentielle n’est donc pas simplement de savoir où se situe une activité dans l’évaluation de la BNB, mais de déterminer dans quelle mesure ces conclusions sont pertinentes au regard du profil de risque propre à l’institution.

Comment la BNB évalue-t-elle les risques LCB-FT ?

L’analyse de la BNB repose sur trois principaux éléments : le risque inhérent, les vulnérabilités et le risque résiduel.

Le risque inhérent correspond à l’exposition liée aux caractéristiques d’une activité donnée avant la prise en compte des mesures d’atténuation. La BNB examine ensuite les vulnérabilités identifiées au sein de l’activité ainsi que les mesures permettant de réduire ces risques, avant de déterminer le niveau de risque résiduel.

L’analyse de 2023 couvre 19 activités exercées notamment par les établissements de paiement et de monnaie électronique, les établissements de crédit, les sociétés de bourse, les entreprises d’assurance-vie et les dépositaires centraux de titres.

L’analyse s’appuie sur l’expérience de supervision de la BNB ainsi que sur différentes sources d’information, notamment les travaux de supervision et les évaluations nationales et internationales pertinentes. La BNB souligne également que la disponibilité de données agrégées précises peut être limitée et que le jugement professionnel joue dès lors un rôle important dans l’évaluation.

Les principaux profils de risque par activité

Activités de paiement et transmission de fonds

Les activités de paiement et de transmission de fonds figurent parmi les activités présentant les niveaux de risque résiduel de blanchiment les plus élevés identifiés par la BNB.

Activité

Risque BC

Risque FT

Activités de paiement

4/5

4/5

Transmission de fonds

4,5/5

4/5

Monnaie électronique

2,5/5

3/5

Acquisition de transactions

2/5

1,5/5

Services d’initiation de paiement

2/5

1,5/5

Services d’information sur les comptes

0/5

0/5

Le score élevé attribué à la transmission de fonds s’explique par plusieurs caractéristiques susceptibles d’accroître l’exposition aux risques de BC/FT, notamment la rapidité et le volume des transactions, les activités transfrontalières et la possibilité de transactions impliquant des clients ou des juridictions présentant un risque plus élevé.

L’analyse montre également que les activités de paiement ne peuvent pas être considérées comme une catégorie de risque homogène. Les différents services de paiement peuvent présenter des profils de risque sensiblement différents selon la nature du service, les clients concernés, la portée géographique et le niveau de contrôle exercé sur les transactions.

Pour les fonctions Compliance, cette distinction entre les différents services de paiement est donc particulièrement importante lors de l’évaluation de l’exposition de l’institution.

Activités bancaires

La BNB identifie des différences significatives entre les différentes activités bancaires.

Activité bancaire

Risque BC

Risque FT

Banque privée

4/5

1,5/5

Banque de détail

2,5/5

4/5

Banque commerciale

2,5/5

2/5

Financement du commerce

3/5

2/5

Correspondent banking

3,5/5

3,5/5

Change manuel

3,5/5

3,5/5

La banque privée reçoit un score relativement élevé en matière de BC. La BNB associe notamment cette activité à des caractéristiques telles que des transactions de valeur élevée, des structures complexes et certains profils de clients susceptibles d’accroître l’exposition au blanchiment.

La banque de détail présente un profil différent. Son score BC est inférieur, à 2,5/5, tandis que son score FT atteint 4/5. Cela illustre un élément important de l’analyse de la BNB : les caractéristiques qui accroissent l’exposition au blanchiment ne sont pas nécessairement les mêmes que celles qui accroissent l’exposition au financement du terrorisme.

Le correspondent banking présente quant à lui un niveau de risque relativement élevé tant pour le BC que pour le FT. Sa nature transfrontalière et l’intervention de plusieurs établissements financiers peuvent créer une complexité supplémentaire dans l’évaluation des clients, des transactions et des juridictions concernées.

Les scores de la BNB illustrent donc les différences dans la nature des risques plutôt qu’un simple classement allant du risque faible au risque élevé.

Conseil en investissement et assurance-vie

L’analyse met également en évidence des différences entre les activités de conseil en investissement et d’assurance-vie.

Activité

Risque BC

Risque FT

Conseil en investissement dans le cadre de la banque privée

4/5

2/5

Conseil en investissement sans détention de fonds

2/5

2/5

Assurance-vie traditionnelle

1,5/5

1,5/5

Produits d’assurance-vie liés à des investissements

2,5/5

1,5/5

Le conseil en investissement fourni dans le cadre de la banque privée reçoit un score BC plus élevé que le conseil en investissement lorsque l’institution ne détient pas de fonds. Cette différence reflète les caractéristiques et le niveau d’exposition associés au modèle économique sous-jacent.

L’assurance-vie présente des niveaux de risque résiduel relativement faibles dans l’analyse de la BNB, bien que les produits d’assurance-vie liés à des investissements reçoivent un score BC supérieur à celui de l’assurance-vie traditionnelle.

Qu’est-ce qui a changé entre les analyses de 2020 et de 2023 ?

L’analyse de 2023 introduit trois évolutions particulièrement importantes.
Premièrement, le périmètre est passé de 13 à 19 activités, permettant à la BNB de distinguer plus précisément les différents services financiers et modèles économiques.

Deuxièmement, le financement du terrorisme fait pour la première fois l’objet d’une évaluation distincte. Cette évolution est importante car les facteurs à l’origine des risques de BC et de FT ne sont pas nécessairement identiques. Les différents scores attribués à des activités telles que la banque de détail, la banque privée et les services de paiement illustrent cette distinction.

Troisièmement, l’analyse accorde une attention accrue à la digitalisation, aux nouveaux produits et à l’évolution des modèles économiques. Des développements tels que les services financiers numériques et les IBAN virtuels sont ainsi pris en compte dans le contexte de l’évolution des risques LCB-FT.

Ces évolutions rendent l’analyse de 2023 plus détaillée et davantage adaptée aux transformations du secteur financier.

Digitalisation et nouveaux modèles économiques

La digitalisation constitue un thème important de l’analyse de 2023.

L’onboarding numérique, les relations à distance avec les clients, les nouvelles solutions de paiement et les modèles de distribution fondés sur la technologie peuvent modifier la manière dont les risques LCB-FT se manifestent. Ils peuvent notamment avoir une incidence sur l’identification des clients, la visibilité sur les transactions, l’exposition géographique et l’intervention de tiers.

La BNB considère spécifiquement les IBAN virtuels comme une évolution pertinente pour l’évaluation des risques. Selon leur structure et leur utilisation, les dispositifs reposant sur des IBAN virtuels peuvent créer des difficultés supplémentaires en matière de transparence, d’identification du client sous-jacent et de compréhension de la finalité économique des transactions.

L’analyse de 2023 doit toutefois être comprise dans son contexte temporel. Elle décrit les risques identifiés par la BNB au moment de son évaluation. Les exigences réglementaires et les attentes prudentielles relatives aux services financiers numériques et aux actifs virtuels ont continué d’évoluer depuis lors.

La leçon pratique n’est donc pas que les produits numériques présentent automatiquement un risque élevé. Il convient plutôt de tenir compte des évolutions technologiques, des produits ou des canaux de distribution lors de l’évaluation d’un éventuel changement de l’exposition LCB-FT de l’institution.

Le Brexit et l’évolution du paysage financier

Le Brexit constitue une autre évolution prise en compte par la BNB dans son analyse de 2023.

Le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne a modifié la manière dont certains services financiers sont fournis au-delà des frontières et a contribué à faire évoluer le paysage financier belge, notamment dans les activités de paiement et de monnaie électronique.

Pour les fonctions Compliance, l’importance du Brexit réside principalement dans les changements qui en résultent au niveau des structures transfrontalières, des flux de clientèle, des dispositifs d’externalisation et des modèles opérationnels.

Lorsqu’une institution s’appuie sur des entités, des prestataires de services ou des structures de groupe situés dans d’autres juridictions, une attention particulière doit être accordée à la répartition des responsabilités en matière de LCB-FT et à l’efficacité de la supervision exercée.


Quels sont les facteurs de risque spécifiques au contexte belge ?

L’analyse de la BNB prend également en compte plusieurs facteurs de risque particulièrement pertinents dans le contexte financier belge.

La concentration de PEPs en Belgique

La BNB aborde spécifiquement la concentration des personnes politiquement exposées, ou PEPs, comme un facteur de risque pertinent.

La présence d’un PEP ne signifie pas automatiquement qu’un client présente un risque inacceptable. Elle implique toutefois que l’institution applique les mesures de vigilance renforcée prévues par le cadre LCB-FT et évalue la relation en fonction de ses circonstances propres.

Pour les fonctions Compliance, une identification et une vérification efficaces des PEPs restent donc essentielles, en particulier lorsque les relations d’affaires impliquent des structures de détention complexes, des actifs importants ou une exposition internationale.

Le port d’Anvers et la criminalité organisée

La BNB identifie également les risques de criminalité et de blanchiment liés aux activités associées au port d’Anvers.

L’importance du port dans le commerce international et son exposition aux activités criminelles organisées constituent un facteur de risque contextuel pertinent pour le secteur financier belge.

Les institutions qui comptent parmi leurs clients des entreprises ou des activités particulièrement exposées à la criminalité organisée devraient donc déterminer si ces risques externes sont correctement pris en compte dans les évaluations des risques clients et dans la surveillance des transactions.

Le registre UBO améliore la transparence, mais n’élimine pas le risque

L’identification des bénéficiaires effectifs reste un élément fondamental du cadre LCB-FT.

L’existence d’un registre UBO constitue une source d’information importante, mais elle ne remplace pas les obligations propres de l’institution en matière d’identification et de vérification.

Lorsque les structures de propriété sont complexes, internationales ou incohérentes avec le profil du client, l’institution doit être en mesure de comprendre la structure de propriété et de contrôle et d’examiner les éventuelles divergences, plutôt que de se reposer mécaniquement sur les informations du registre.

Les actifs virtuels et l’évolution de l’environnement des risques

Les actifs virtuels étaient déjà pris en compte dans l’analyse de la BNB de 2023 dans le cadre de l’évolution de l’environnement financier.

L’analyse reconnaît que les actifs virtuels peuvent créer des vulnérabilités spécifiques en matière de BC/FT, notamment en raison de leurs caractéristiques technologiques, de leur dimension transfrontalière et des difficultés potentielles liées à l’identification et à la traçabilité des transactions.

Il est toutefois important de distinguer les observations formulées par la BNB en 2023 des évolutions intervenues par la suite. Le cadre réglementaire applicable aux activités liées aux crypto-actifs a continué d’évoluer aux niveaux européen et belge depuis la réalisation de l’analyse de la BNB.

Dans un article consacré à l’analyse de 2023, ces évolutions ultérieures doivent donc être considérées comme un contexte postérieur et non comme des conclusions de l’analyse sectorielle de la BNB de 2023.

Du point de vue de la Compliance, l’enjeu reste de déterminer si l’exposition de l’institution aux actifs virtuels ou aux services qui y sont liés est correctement comprise et intégrée dans son dispositif LCB-FT.

Une augmentation des déclarations de transactions suspectes signifie-t-elle automatiquement une augmentation du risque ?

Le nombre de déclarations de transactions suspectes doit également être interprété avec prudence.

Une augmentation des déclarations peut résulter d’une amélioration des capacités de détection, de systèmes de surveillance plus performants, d’une meilleure sensibilisation des collaborateurs ou de changements dans les pratiques de déclaration. Elle ne signifie pas automatiquement que le risque LCB-FT sous-jacent a augmenté dans les mêmes proportions.

Les observations de la BNB renforcent donc l’importance de ne pas se limiter aux indicateurs quantitatifs.

La surveillance des transactions doit prendre en compte le comportement du client, les schémas transactionnels et les informations contextuelles pertinentes, plutôt que de reposer principalement sur des seuils prédéfinis ou des critères objectifs isolés.

La qualité de l’analyse à l’origine d’une décision concernant une transaction suspecte est donc aussi importante que le nombre d’alertes ou de déclarations générées.

10 points à vérifier : la checklist du Compliance Officer

L’analyse de la BNB peut être traduite en plusieurs actions concrètes pour les fonctions Compliance.

1. Challenger l’évaluation des risques

Mettre en correspondance les conclusions pertinentes de l’analyse de la BNB de 2023 avec le profil de risque LCB-FT propre à l’institution et documenter les éventuels écarts ou différences identifiés.

2. Évaluer séparément les risques de BC et de FT

Identifier les situations dans lesquelles les profils de risque BC et FT diffèrent et s’assurer que l’évaluation des risques et les mesures d’atténuation reflètent ces différences.

3. Se concentrer sur les activités présentant les risques les plus élevés

Identifier si l’institution exerce des activités auxquelles la BNB attribue des scores de risque élevés, telles que la transmission de fonds, les activités de paiement ou la banque privée, et vérifier que les mesures d’atténuation renforcées sont proportionnées aux risques identifiés.

4. Évaluer les nouveaux produits et la digitalisation

Évaluer les implications LCB-FT des nouveaux produits, technologies et canaux de distribution avant leur mise en œuvre, notamment les IBAN virtuels lorsque cela est pertinent, et réévaluer les risques lorsque leurs caractéristiques évoluent.

5. Challenger les dispositifs impliquant des tiers

Examiner les agents, les prestataires de services externalisés et les autres dispositifs impliquant des tiers afin de vérifier que les responsabilités LCB-FT, les mécanismes de supervision, le suivi et les processus d’escalade sont clairement définis et effectivement mis en œuvre.

6. Renforcer la vigilance à l’égard de la clientèle

Tester l’efficacité des contrôles d’identification et de vérification des clients, UBO et PEPs et vérifier que les mesures relatives à l’origine des fonds et à l’origine du patrimoine sont appliquées lorsque le niveau de risque identifié le requiert.

7. Revoir la surveillance des transactions

Tester si la surveillance des transactions prend en compte le comportement du client, les schémas transactionnels et les informations contextuelles, plutôt que de reposer principalement sur des seuils prédéfinis ou des critères objectifs.

8. Challenger les déclarations de transactions suspectes

Examiner un échantillon d’analyses et de déclarations de transactions suspectes afin de vérifier que les décisions sont étayées par une analyse contextuelle documentée et ne reposent pas uniquement sur le franchissement de seuils ou sur des indicateurs isolés.

9. Vérifier les ressources et l’expertise

Évaluer si les équipes LCB-FT disposent de ressources, d’une expertise et d’une formation suffisantes pour répondre aux risques identifiés par l’institution, notamment ceux liés à la digitalisation, à l’externalisation et à l’évolution des modèles économiques.

10. Tester et réévaluer le dispositif

Tester régulièrement l’efficacité des contrôles LCB-FT, documenter les faiblesses identifiées et veiller à ce que le dispositif soit mis à jour lorsque les changements affectant les produits, activités, clients, canaux de distribution ou risques externes ont une incidence significative sur l’exposition LCB-FT de l’institution.

Conclusion

L’analyse sectorielle de la BNB de 2023 constitue une référence précieuse pour les fonctions Compliance afin de comprendre comment les risques de BC/FT peuvent varier considérablement selon les activités financières et les modèles économiques. L’élargissement à 19 activités, l’évaluation distincte du financement du terrorisme et l’attention accrue portée à la digitalisation et aux nouveaux modèles économiques offrent une vision plus détaillée des risques auxquels le secteur financier belge est confronté.

Pour les institutions, la valeur de cette analyse réside toutefois moins dans la reproduction des scores de la BNB que dans la compréhension des facteurs de risque qui les sous-tendent et dans la détermination de leur pertinence au regard des propres activités, clients, produits et contrôles de l’institution. Une évaluation des risques correctement documentée doit être en mesure d’expliquer pourquoi le profil de risque et la cotation propres à l’institution sont appropriés, y compris lorsque ceux-ci diffèrent de l’évaluation sectorielle.

La question pertinente n’est donc pas seulement :

« Quel score la BNB attribue-t-elle à notre activité ? »

mais plutôt :

« Pouvons-nous démontrer que notre gouvernance, notre évaluation des risques et nos contrôles LCB-FT restent correctement alignés sur les risques auxquels notre institution est effectivement exposée ? »

Contenu réservé aux membres

Cet article est exclusivement accessible aux membres inscrits de Pideeco. Créez un compte gratuit pour le lire - sans carte bancaire.

Kenza

Rédigé par

Kenza Kibour

Consultant chez Pideeco - accompagne les institutions financières en matière d'AML, KYC et transformation réglementaire.

Cet article sur Belgium vous a été utile ?

Nos spécialistes sont prêts à vous aider à relever vos défis en matière de conformité et de gestion des risques.