RiskComplianceKYCAMLMoney LaunderingKnow your CustomerEthicsCompliance expert5AMLDAnti Money LaunderingFinancial InstitutionsDue DiligenceCorruption

Comment les gatekeepers sont-ils utilisés pour le blanchiment ? AMLR 2024/1624

Comment avocats, notaires, comptables et agents immobiliers sont exploités pour le blanchiment, et ce que change l'AMLR (UE) 2024/1624 au 10 juillet 2027.

Drini Vula18 novembre 20248 min de lecture10,221

Dans le monde de la finance, les gatekeepers tels que les avocats, notaires, comptables, auditeurs, conseillers fiscaux, agents immobiliers et prestataires de services aux sociétés sont censés protéger contre la criminalité financière. Pourtant, ces mêmes acteurs peuvent parfois devenir des partenaires involontaires, voire complices, dans des schémas de blanchiment d'argent. L'expertise qui rend ces professionnels indispensables aux entreprises offre également aux criminels des opportunités de les exploiter à des fins illicites.

Dans cet article, nous aborderons la manière dont ces intermédiaires peuvent être utilisés pour blanchir des fonds illégaux, la législation concernant les gardiens et la LBC, ainsi que des exemples concrets de leur utilisation dans le blanchiment d'argent.

Qu'est-ce qu'un gardien ?

Un gardien est une personne ou une entité qui contrôle l'accès à quelque chose, agissant souvent comme une barrière ou un filtre entre différentes parties. Dans divers contextes, les gardiens ont l'autorité ou la responsabilité de réguler, gérer ou surveiller l'entrée, la participation ou le flux d'informations ou de ressources.

Gardiens



Dans le contexte financier et juridique, les gardiens désignent des professionnels comme les comptables, les avocats, les banquiers, les auditeurs et autres experts chargés de garantir l'intégrité et la légalité des transactions et activités financières.

Quelles sont les tâches des gardiens en matière de LBC ?

Le rôle d'un gardien dans la lutte contre le blanchiment d'argent implique un devoir de vigilance continu tout au long de la relation d'affaires, englobant de nombreuses obligations, notamment :

  • 1. Connaître son client (KYC) : Comprendre en profondeur l'identité et les antécédents du client. Cela se fait généralement lors de l'intégration de nouveaux clients pour s'assurer que leurs activités sont conformes aux normes légales et éthiques.

  • 2. Connaître sa transaction (KYT) : Surveiller et comprendre la nature des transactions du client. Le KYT aide à identifier des schémas de transactions suspects ou inhabituels pouvant indiquer une activité illicite, comme le blanchiment d'argent, en signalant des incohérences avec le comportement attendu.

  • 3. Vérification de l'origine des avoirs : S'assurer que les avoirs impliqués dans les transactions proviennent de sources légitimes. Cela devient particulièrement critique lorsque les transactions ou les transferts d'avoirs d'un client sont anormaux ou ne correspondent pas à son historique financier.

  • 4. Approche fondée sur le risque : Mettre en œuvre des mesures basées sur le niveau de risque associé à chaque client et transaction. Les clients ou transactions considérés comme à plus haut risque, tels que ceux impliquant des transferts de grande valeur ou des personnes politiquement exposées (PPE), font l'objet d'une diligence raisonnable renforcée (EDD), tandis que les clients à moindre risque peuvent être soumis à des contrôles moins stricts.

  • 5. Respect des embargos financiers : Se conformer aux restrictions légales sur les transactions financières avec certaines entités ou pays. La conformité est essentielle pour éviter les sanctions et empêcher la facilitation de transactions illicites.

  • 6. Limitation de l'utilisation des espèces : Limiter les transactions en espèces est une mesure cruciale dans la lutte contre le blanchiment d'argent, car les espèces sont difficiles à tracer et couramment utilisées dans des activités illicites.

  • 7. Obligations de déclaration : Les professionnels désignés sont légalement tenus de signaler toute activité suspecte pouvant indiquer un blanchiment d'argent ou d'autres crimes financiers aux autorités compétentes, telles que la Cellule de renseignement financier (CRF) locale.

  • 8. Conformité et adaptation continues : Les gardiens doivent se tenir informés des meilleures pratiques, réviser les protocoles internes et s'assurer qu'ils sont bien formés pour reconnaître et traiter les risques liés au blanchiment d'argent et à la criminalité financière.

Comment les gardiens sont-ils utilisés pour le blanchiment d'argent ?

Les gardiens sont utilisés de diverses manières pour aider à mener des opérations de blanchiment d'argent pour le compte de criminels. Voici quelques exemples : Rôle des professionnels du droit Création de sociétés écrans : Les avocats sont souvent utilisés pour créer des sociétés écrans et des structures d'entreprise complexes qui dissimulent la propriété et l'origine des fonds. Les avocats peuvent concevoir des structures d'entreprise à plusieurs niveaux avec des entités dans différentes juridictions, rendant difficile pour les autorités de retracer le flux d'argent ou d'identifier les véritables propriétaires.

Gardiens et sociétés écrans

Transactions immobilières : Les avocats jouent un rôle central dans l'organisation des transactions immobilières, la gestion des contrats et la garantie de la conformité aux exigences légales et réglementaires. Les criminels exploitent souvent cela en achetant des propriétés de grande valeur avec de l'argent blanchi, ce qui leur permet d'intégrer ces fonds illicites dans l'économie légitime.

Gardiens et immobilier

Rôle des comptables et auditeurs Manipulation des états financiers : Les comptables peuvent se livrer à des activités frauduleuses en falsifiant les registres financiers pour masquer la nature réelle des fonds. Ils peuvent gonfler les chiffres de revenus en créant de fausses transactions de vente, en émettant de fausses factures ou en enregistrant des ventes inexistantes pour déformer la santé financière d'une entreprise. De plus, ils peuvent manipuler les flux de revenus en fabriquant des revenus provenant de produits ou services inexistants.

Gardiens et manipulation des états financiers

Schémas d'évasion fiscale : Les comptables peuvent adopter des pratiques telles que la fabrication de dépenses et la sous-déclaration de revenus pour créer un profil financier trompeur. Cette manipulation non seulement réduit les obligations fiscales mais contribue également à une structure de superposition complexe qui rend de plus en plus difficile la traçabilité de la véritable source des fonds.

Le même schéma concerne notaires, conseillers fiscaux et prestataires de services aux sociétés : constitution de structures, ouverture de comptes, mandats nominees et dossiers immobiliers. L'article 3 AMLR les range parmi les assujettis dès lors qu'ils assistent ces actes. Voir l'immobilier comme typologie et le KYC sur les sociétés.

Gardiens et schémas fiscaux illégaux

Quels sont des exemples de gardiens utilisés pour le blanchiment d'argent ?

Au Canada, plusieurs avocats ont été impliqués dans des activités de blanchiment d'argent ou des transactions financières suspectes, soulignant leurs rôles involontaires ou délibérés dans la facilitation d'opérations criminelles. Les cas notables incluent :

  • Simon Rosenfeld, un avocat torontois condamné en 2005 après s'être vanté auprès d'un agent infiltré de l'application laxiste des lois anti-blanchiment au Canada. Sa peine a été alourdie en appel.

  • Florence Yen, une avocate immobilière de Vancouver, suspendue pendant trois mois en 2021 pour avoir traité plus de 14 millions de dollars d'un client sans fournir de services juridiques ni enquêter sur l'origine des fonds.

  • Ronald Pelletier, radié en 2023, a été reconnu coupable d'avoir transféré 31 millions de dollars pour des clients impliqués dans une fraude boursière américaine, utilisant des téléphones jetables pour dissimuler ses activités.

En Europe, un cas bien connu d'avocats facilitant le blanchiment d'argent est le scandale de la Danske Bank en 2018. Ce scandale a mis en lumière le rôle de professionnels, y compris des avocats, dans la facilitation du blanchiment d'environ 200 milliards d'euros de fonds suspects via la succursale estonienne de la banque entre 2007 et 2015. Les avocats ont abusé du contrôle réglementaire laxiste de l'Estonie et créé des sociétés écrans avec des structures d'entreprise complexes impliquant des transactions transfrontalières.

L'AMLR et les gatekeepers : ce qui change le 10 juillet 2027

Le règlement (UE) 2024/1624 (AMLR), adopté le 31 mai 2024, s'applique à partir du 10 juillet 2027. C'est un règlement directement applicable : il ne se transpose pas comme une directive. Les 4e, 5e et 6e directives cèdent la place à ce single rulebook, complété par la directive (UE) 2024/1640 (AMLD6) et le règlement (UE) 2024/1620 (AMLA, siège à Francfort, supervision directe des entités sélectionnées). Les clubs et agents de football restent sur une échéance distincte (10 juillet 2029). Voir le paquet AML / AMLR et les directives AML de l'UE.

L'article 3 de l'AMLR liste les assujettis « gatekeepers » : auditeurs, experts-comptables externes, conseillers fiscaux ; notaires, avocats et autres professionnels juridiques lorsqu'ils assistent une transaction financière ou immobilière ou sa planification ; prestataires de services aux sociétés et fiducies ; agents immobiliers (locations à partir de 10 000 EUR/mois) ; négociants en métaux, pierres précieuses et biens de grande valeur ; prestataires de crowdfunding ; opérateurs de migration d'investissement. Les associations caritatives ne figurent pas en tant que telles à l'article 3.

Parmi les obligations AMLR : évaluation des risques à l'échelle de l'entreprise, nomination d'un responsable conformité, CDD/EDD (y compris KYC sociétés et médias défavorables), déclaration de soupçon à la CRF, conservation des documents 5 ans, et responsabilité maintenue en cas d'externalisation. Jusqu'au 10 juillet 2027, les transpositions nationales des 4e et 5e directives lient encore ces professions ; l'AMLR superpose ensuite un rulebook unique et directement applicable. Pour le socle métier, voir l'apprentissage AML et le module AML fundamentals.

En pratique, un cabinet, un notaire ou un expert-comptable qui conçoit une holding multi-juridictionnelle, ouvre des comptes ou intermédie un dossier immobilier est déjà dans le même canal de risque qu'une banque qui onboarde cette structure. Après 2027, l'AMLR dit cette obligation dans un seul texte, avec la même logique CDD, plutôt qu'un patchwork de transpositions. « Avoir orienté le client vers une banque » ne suffit plus : il faut un dossier (qui est le client, pourquoi l'opération existe, si l'histoire de propriété tient).

Quelle est la réglementation LBC pour les gardiens ?

Jusqu'en 2027, les directives AML restent le cadre national transposé. Elles imposent déjà évaluation des risques, vigilance et déclaration de soupçon. Les gatekeepers restent aussi des relais clés pour des dossiers de propriété exacts, accessibles aux autorités et aux assujettis ayant un intérêt légitime. Ce socle est absorbé, puis harmonisé, par l'AMLR.

Aux États-Unis, le Bank Secrecy Act (BSA) impose un programme AML, une CDD, des Suspicious Activity Reports (SAR) et un Currency Transaction Report (CTR) au-delà de 10 000 USD en espèces sur une journée. L'initiative « Gatekeeper » vise les professions qui ouvrent l'accès au système financier.

Le GAFI, dans sa revue horizontale 2024 du GAFI sur la conformité technique des gatekeepers liée à la corruption, note que de nombreux membres dépassent 80 % sur les recommandations applicables, mais que sept grandes économies (plus de la moitié du PIB mondial) restent sous 50 %. La CDD y est encore le point faible. Voir aussi les PPE et l'immobilier.

Maintenir un équilibre des pouvoirs sur les gardiens est nécessaire

Les gatekeepers sont indispensables au système financier ; la même expertise peut servir à intégrer, superposer puis légitimer des fonds illicites. D'où des obligations AML strictes : KYC, suivi des transactions et déclaration de soupçon, pour qu'ils restent une barrière plutôt qu'un conduit.

Prévenir ce détournement suppose contrôle, dispositifs internes et supervision. C'est le sens de l'AMLR au 10 juillet 2027 : un régime unique, directement applicable, pour les professions de l'article 3.

Drini

Rédigé par

Drini Vula

Consultant chez Pideeco - accompagne les institutions financières en matière d'AML, KYC et transformation réglementaire.

Cet article sur Risk vous a été utile ?

Nos spécialistes sont prêts à vous aider à relever vos défis en matière de conformité et de gestion des risques.